19.9.12

Judéophobie



La judéophobie est une expression dont l'usage a commencé durant les années 1990 pour désigner des formes d'opposition à la communauté juive se définissant de forme floue d'antisémitisme.

Judéophobie peut désigner le peur, la méfiance, l'opposition, le rejet, la discrimination, la répression, l'hostilité, ou la persécution:
1. Du judaïsme (croyance des juifs)
2. Des traditions et des practiques rituelles juives
3. Des Juifs (group humain, peuple, collectivité ou nation éthniquement diverse)
4. Des cultures juives diverses (production culturelle et sciéntifique du peuple juif)



L'antijudaïsme concerne la peur, la haine, ou le rejet des croyances juives (1) et/ou des traditions et des practiques rituelles juives (2).

L'antisémitisme concerne la peur, la haine, ou le rejet des juifs en termes surtout racistes (3). Il convient de relever que le mot employé couramment pour le racisme à l'égard des juifs est antisémitisme et non judéophobie.

La judéophobie est le concept le plus englobant de tous et concerne tous les aspects des identités des Juifs. Aujourd'hui peut être on pourrait considérer l'existence d'une judéophobie plus o moins radical et presque "planétaire".[1]

Le terme « judéophobie » est un néologisme qui désigne la peur ou les préjugés à l'encontre du judaïsme et par la suite la peur et le rejet des juifs en considerant leur confession, origine, culture ou identité. L'judéophobie est aussi une forme d'hostilité envers le judaïsme ou parfois une attitude considérée comme discriminatoire à l'encontre des personnes juives.

Cette construction de néologisme à partir de la racine phobie, qui possède en psychiatrie et psychanalyse une connotation de peur bloquante, irrationnelle, d'angoisse immaîtrisable à propos d'un objet donné, est critiquée par certains observateurs,[2] mais aussi bien utile.

La judéophobie, c'est étymologiquement la haine du Judéen, une xénophobie sans fardeau religieux ni racial. On a parlé de judéophobie déjà dans l'antiquité. La notion a été fatalement ressortie lorsque les Juifs sont redevenus en Terre Sainte.


Judéophobie théologique et doctrinal. Synagoga. Statue personnifiant le Judaïsme sur la façade de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette statue date du 19ème siècle et elle a été réalisée durant la campagne de restauration dirigée par Jean-Baptiste-Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc entre 1845 et 1864.

La judéophobie est le rejet des Juifs. La haine des Juifs, une haine qui, au regard de l'histoire, apparaît comme la plus longue, la plus intense et la plus délirante ayant jamais visé un groupe humain. S'appuyant sur une documentation considérable, Taguieff montre dans La judéophobie des Modernes (Odile Jacob, 2008) comment la judéophobie, quelle que soit sa forme historique, fonctionne sur la base de récits d'accusation, organisés comme des mythes, par lesquels les Juifs sont déshumanisés de diverses façons. L'histoire globale de la judéophobie qu'il nous livre permet de saisir la permanence, la récurrence des stéréotypes antijuifs, mais aussi leur surprenante capacité d'adaptation et de diffusion planétaire, depuis l'antijudaïsme antique jusqu'à l'antisionisme radical qui s'est internationalisé depuis la fin du XXe siècle. Si les Juifs ont longtemps été mis en accusation par l'Occident chrétien, c'est, en effet, l'Occident judéochrétien qui se trouve désormais mis en accusation par ses ennemis, tant intérieurs qu'extérieurs.
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Notes
1. Voir l'essai controversé du politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff intitulé La Nouvelle judéophobie (2002), suivi de Prêcheurs de haine: traversée de la judéophobie planétaire (2004).
2. Comme Philippe Muray (Exercices spirituels, tome 3) ou Daniel Sibony (Libération, 9 décembre 2004).



Judéophobie et stéréotype

1. Théologie doctrinaire


Diabolisation: le Diable et les Juifs (aveugles)
Matfre Ermengaud de Bezies, Breviari d'amor, 1288



La Fontaine de la Grâce et le Grand Prêtre
Le triomphe de l'Église sur la Synagogue, huile, 1450. Museo del Prado, Madrid


Synagoga
Cathédrale de Strasbourg, France, c. 1230



Ecclesia et Synagoga
Notre-Dame de Paris, France. Statues datent du 19ème siècle, elles ont été réalisées durant la campagne de restauration dirigée par Lassus et Viollet-le-Duc entre 1845 et 1864



La Croix Vivante, avec Ecclesia et Synagoga
Bologne, cathédrale de San Petronio, fresque, c. 1400



Ecclesia et Synagoga
Homilie de Bede de Verdun, France, 13ème siècle


2. Économie


Prestamistes juifs
Cantigas de Alphonse le Sage, Espagne, 13ème siècle



Les Protocoles des Sages de Sion (1897-1903), Espagne 1930

3. Racisme


stéréotype judéophobe, XXIe siècle: plus de une même veille histore.

Antisémitisme
par Rudolf Bekouche

L’antisémitisme est né en Europe dans la seconde moitié du XIXème siècle, transformant le vieil antijudaïsme chrétien en un mouvement s’opposant à l’émancipation des Juifs qui s’est réalisée en Europe occidentale depuis la Révolution Française et cherchant une légitimation dans un racisme à prétentions scientifiques. Après des siècles d’antijudaïsme chrétien, l’émancipation a conduit les Juifs à s’intégrer dans les nations aux milieux desquels ils vivaient, les rendant ainsi invisibles en tant que juifs. Mais cette emancipation avait son revers, les Juifs devenus invisibles sont devenus l’objet d’un mythe : dans la mesure où on ne les voyait plus c’est qu’ils étaient partout, exerçant un pouvoir occulte sur le monde. L’antisémitisme n’est autre que l’expression de ce mythe.

Cette idéologie s’est appuyée sur deux points, d’une part une peur devant la modernité, d’autre part le racisme à prétentions scientifiques. Puisque les Juifs ont été les bénéficiaires de la modernité issue des Lumières, du moins de la part émancipatrice de cette modernité, le pas sera vite franchi qui dit que ce sont les bénéficiaires de la modernité prise dans sa globalité qui en sont à l’origine, voire qui l’ont fabriquée de toutes pièces. L’antisémitisme pourra alors se développer parmi les victimes de cette modernité, en particulier les victimes économiques du développement industriel, d’autant qu’il s’appuie sur un antijudaïsme chrétien toujours présent . Pour se développer, l’antisémitisme s’appuiera sur un mythe, celui du pouvoir des Juifs.

Dès lors que les Juifs sont désignés comme les responsables de la modernité et que l’émancipation les a rendus invisibles, c’est qu’ils sont présents partout et c’est cette présence occulte qui constitue la forme de leur pouvoir. C’est ce qui fait la spécificité de l’antisémitisme parmi les diverses formes de racisme qui se sont développées à l’époque moderne. Le racisme s’est développé avec les conquêtes coloniales et la traite des Noirs. A l’époque du développement du libéralisme politique et du développement scientifique, il fallait légitimer cette entorse à l’humanisme des Lumières et cette légitimation devait s’appuyer sur la science, ce fut le racisme "scientifique" et la hiérarchie des races, justifiant ainsi la "suprématie de l’homme blanc". Il était alors tentant pour les antisémites d’intégrer l’antisémitisme dans cette "nouvelle science", d’autant qu’il existait un precedent constitué par la doctrine de la "pureté de sang" inventée par l’Inquisition espagnole, laquelle tenait à maintenir la distinction entre les anciens Chrétiens et les nouveaux Chrétiens, Juifs ou Musulmans convertis restés en Espagne après l’expulsion des Juifs et des Musulmans [...].

Il y a pourtant une distinction entre le racisme envers les peoples colonisés et asservis et l’antisémitisme. Si les membres des races dites inférieures sont lointains, les Juifs sont présents en Europe et leur émancipation les rend invisibles ce qui ne les rend que plus dangereux. Il y a ici une contradiction interne au racisme antijuif, d’une part les Juifs font partie des races inférieures, d’autre part ils sont jugés suffisamment puissants pour soumettre l’Europe civilisée. Les Juifs apparaissent ainsi non seulement comme les membres d’une race inférieure mais aussi comme les ennemis de l’humanité.


Gustave Doré, Ahasverus, Le Juif errant, lithographie, 1852

Judéophobie et antisémitisme
1. Définitions: Antijudaïsme · Antisémitisme · Judéophobie
2. Allégations: « Peuple déicide, perfide et usurier, profanateurs, buveurs de sang, empoisonneurs et négriers »· Cochon de Juif
3. Théorie du complot juif: Cosmopolites sans racines · Lobby juif · Judéo-bolchevisme · Judéo-maçonnerie 
4. Lois raciales: Pureté de sang · Lois de Nuremberg · Lois raciales fascistes · Lois contre les Juifs et les étrangers pendant le régime de Vichy - Aryanisation
5. Accusations de crime rituel: Petit saint Hugues · Anderl von Rinn · Simon de Trente · St Enfant de La Guardia · Accusations de crime rituel · Affaire de Damas · de Tiszaeszlár · Affaire de Xanten · Hilsner · Pogrom · Beilis
6. Divers: Affaire Montel · Affaire Mortara · Affaire Dreyfus · Affaire Finaly
7. Discriminations: A. Territoriale: Juiverie · Ghetto · Zone de Résidence; B. Juridique: More Judaïco · Lois de mai; C. Signes distinctifs: Rouelle · Chapeau juif · Étoile jaune
8. Violences: Persécution pendant les croisades · Inquisition espagnole · Pogroms · Shoah · Nazisme · Aryanisation · Spoliation · Négationnisme
9. Publications antisémites: 1543, Martin Luther (moine allemand) : Des Juifs et de leurs mensonges , Justin Bonaventure Pranaitis (faussaire): Le Talmud démasqué 1892, · ~ 1903, Mathieu Golovinski (faussaire) : Les Protocoles des Sages de Sion et leurs dérivés · 1923, Adolf Hitler : Mein Kampf
10. Publications sur l'antisémitisme: 1946, Jean-Paul Sartre (philosophe) : Réflexions sur la question juive · 1951, Hannah Arendt (philosophe) : Les Origines du totalitarisme · 1962, Jules Isaac (historien) : L'Enseignement du mépris · 1975, Lucy S. Dawidowicz (historienne) : La Guerre contre les Juifs

Resources
Peter Schäfer, Judéophobie: attitudes à l'égard des juifs dans le monde antique, traduit par le rabbin Édouard Gourévitch, Paris: Éditions du Cerf, 2003
Pierre-André Taguieff, La Nouvelle judéophobie, Paris: Mille et une Nuits, 2002
Alain Finkielkraut, Au nom de l'Autre : Réflexions sur l'antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003
Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine: traversée de la judéophobie planétaire, Paris: Mille et une Nuits, 2004
Mateo Alaluf, « Judéophobie », dans Politique, octobre 2004
Guillaume Weill-Raynal, Une haine imaginaire ? Contre enquête sur le "nouvel antisémitisme", Paris: Armand Colin, 2005
Rudolf Bkouche, « L'arc des crises : Antisionisme, antisémitisme et judéophobie », dans Alternatives international, 10 septembre 2006.


Hérence mosaïque : Juif en prière, Podolsk, c. 1870-80

Connexes
Individuo y otredad
Otherness
Ecclesia and Synagoga [+]
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Jésus
Christ
Jésus chez les auteurs juifs
Jésus dans le judaïsme
Judaïsme de Terre Sainte
Juifs
Point de vue du judaïsme sur Jésus

Marc Chagall, La Crucifixio​n en jaune, 1942-43. Chagall représente souvent le Christ crucifié. Ses amis juifs le lui ont reproché comme s’il trahissait sa religion. Mais Chagall demeure juif : il ne croit pas en un Dieu fait homme, une 2e personne de la Trinité, un sacrifice expiatoire apaisant la colère de Dieu du Péché originel par le sang de Jésus versé sur la croix. Il peint le crucifié comme l’archétype de l’homme souffrant, le symbole de tous ceux qui souffrent et qui meurent. Le Jésus représenté ici sur la croix porte les insignes de la piété juive avec son tefillin (le petit étui noir contenant un verset de la Tora) attaché sur son front, à la place de la traditionnelle couronne d’épines. On distingue aussi la lanière du tefillin qui fait plusieurs fois le tour de son bras gauche. On remarque l’immense rouleau vert de la Tora, un ange (vert lui aussi) qui souffle dans un shofar, la trompette sacrée juive et tient de l’autre main une bougie allumée. A gauche une femme aux seins nus, se tient la tête, de douleur sans doute. Un homme a les bras tendus. A droite le village shtetl en feu et des groupes d’habitants peut-être réfugiés ou déportés. Le martyre de Jésus est identifié à la souffrance du peuple juif entier (Gilles Castelnau).

Histoire des Juifs en France
Akadem
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